Avant de tenir une aiguille, Patrice Olivier Acardy a tenu une bombe de peinture, une souris 3D, et une place dans les colonnes de Vice Magazine. Ce n'est pas le parcours classique d'un tatoueur — et c'est précisément ce qui rend BatayCok différent.
« Enfant de l'ère numérique, j'emmène mes projets jusqu'à l'endroit où l'erreur apparaît — c'est là que je trouve l'art. »
Né à La Réunion, où il vit et travaille toujours, Patrice suit un parcours artistique long et exigeant : une licence en design graphique à l'Institut de l'image de l'Océan Indien (2008–2011), un diplôme national d'arts plastiques aux Beaux-Arts de l'île (2011–2013), puis une certification en animation 3D à l'École Supérieure des Métiers Artistiques de Montpellier (2013–2015). Trois formations, un seul fil rouge : comprendre la forme, dans toutes ses matières.
Avant l'aiguille, il y a eu la bombe. Dès 2010, Patrice anime des ateliers graffiti et street art avec des adolescents à Saint-Pierre et à Piton Saint-Leu, peint des fresques, remporte le concours graffiti du festival Run'Up SIDR à Saint-Denis, et représente La Réunion au Battle of the Year à Mayotte. Le live painting le mène sur des scènes et des inaugurations à travers toute l'île — la peinture comme geste public, immédiat, sans filet.
Vient ensuite une autre vie, entièrement numérique. Sous le nom de scène qui l'a fait connaître dans la musique électronique, Patrice devient directeur artistique pour le label parisien InFiné, signe les clips et les visuels du musicien "The Wanderer" et de l'artiste suédoise Toxe, et développe un travail personnel de fractales génératives en 3D. Deux de ses projets, outre_part et ultra_part, illustrent des travaux de scientifiques de la NASA. Son travail est exposé au Palais de Tokyo et au Mac Val en 2019, puis au Katart Global Art Fair de Doha, au Qatar, en 2020. Vice Magazine, Noisey et Motherboard lui consacrent plusieurs articles ; la presse réunionnaise (Clicanoo, Le JIR, ImazPress) suit son parcours jusqu'au Qatar.
« La peau comme territoire. L'aiguille comme cartographe. »
De ce parcours — graphisme, beaux-arts, 3D, fractales, street art, direction artistique — Patrice garde une conviction : la précision du trait n'est jamais un dogme esthétique, c'est une manière de penser. Le fineline qu'il pratique aujourd'hui doit autant à la rigueur du dessin technique qu'à l'instinct du graffeur qui n'a qu'un passage pour poser sa ligne. La peau devient un nouveau terrain — le seul qui ne se corrige pas, le seul où l'erreur qu'il cherchait en numérique prend un tout autre poids.
BatayCok, c'est le nom créole du coq de combat — cet oiseau qui ne recule pas. Patrice l'a choisi comme enseigne pour ce qu'il porte de l'île : la fierté tranquille, l'ancrage dans un territoire précis, la conviction que ce qu'on fait mérite d'être fait avec soin. Le Studio Viva La Vida s'installe à Saint-Joseph, au bout de la route du Sud, à deux pas de la Fournaise — le sud sauvage, la lave refroidie, les rivières qui descendent des cirques. Un lieu délibéré, pour un travail qui vient de quelque part.
La démarche se distingue par un refus net du catalogue. Pas de flash, pas de motif repris. Chaque pièce est conçue pour une personne, un corps, une histoire — après une conversation longue et sincère, jamais un formulaire. Les thèmes reviennent : la faune endémique réunionnaise, les plantes créoles, l'architecture vernaculaire, les mots et les dates qui portent la mémoire collective. Toujours en noir et gris, fineline, sans couleur — parce que le noir tient sur toutes les carnations et laisse l'architecture du motif parler seule.